BEAC : Une institution pris en tenaille

SIEGE BEAC AU CAMEROUN

Les incongruités sur la dévaluation du FCFA survenues à la suite du dernier Comité des Politiques Monétaires du 27 mars dernier, remet sur la sellette l’épineuse interrogation de l’indépendance de cette structure bancaire.

5 348,8 milliards FCFA, représentant près de 5 mois d’importations de biens et services pour les pays de la Cemac (Cameroun, Centrafrique, Congo, Gabon, Guinée équatoriale et Tchad), c’est le chiffre à retenir du communiqué publié 13 mai 2020 par Abbas Mahamat Tolli, le gouverneur en exercice de la banque centrale de la sous-région Afrique centrale. Un chiffre en apparence rassurant pour la stabilité du FCFA (Franc de la Communauté financière africaine), mais quelque peu aux antipodes du rapport publié le 27 mars 2020, au sortir du premier Comité des Politiques Monétaires dans lequel il est énoncé : « Le niveau des réserves de change de la zone est ressorti à 3,2 d’importations des biens et services à fin décembre 2019, soit un niveau à peine supérieur au seuil minimal de 3 mois d’importations des biens et services, sachant qu’il est exigé un niveau de 5 mois pour les pays exportateurs de matières premières comme ceux de la Cemac », un constat plutôt clair de la BEAC en cette période d’expansion de la pandémie mondiale du virus Corona.

ABBAS MAHAMAT TOLLI

Un paradoxe sur les prévisions de stabilité du FCFA, opéré par l’instance de régulation financière qui a fait les choux gras de la presse. Une incongruité loin de surprendre Aristide Milol, pour l’expert financier : « C’est tout à fait normal. Car la BEAC agit sous la pression de plusieurs autres entités. D’ailleurs on a qu’à voir comment est constitué le Conseil d’Administration de cette institution, pour comprendre que leurs décisions ne pourraient être dénuées de toutes formes d’influence. Or le caractère premier d’une banque centrale est son autonomie et son indépendance. Autonomie en tant qu’instance monétaire et indépendance à travers le libre choix de ses politiques monétaires ». A l’origine de cette dissonance de propos se trouve selon de nombreux observateurs, la structuration de l’organisme depuis sa création le 22 novembre 1972.

FCFA CEMAC

En effet, la BEAC comprend un conseil d’administration composé de quatorze (14) membres, à raison de deux (2) administrateurs pour chaque État membre et de deux pour la France. Ces membres avec une prééminence de la France décident de la politique monétaire à mettre en œuvre dans les différents Etats membres. « Pour bien comprendre la BEAC, affirme le journaliste économique, Serge-Alain Godong, il faut faire un parallèle avec les tontines au Cameroun. La BEAC est de façon triviale un gestionnaire de tontine qui collecte l’argent de ces adhérents. L’organisation ne peut rien contre les Etats, rien contre le trésor français et rien encore contre le FMI ».Une absence d’autonomie de la Banque des Etats de l’Afrique Centrale, dans les prises de décisions qui relèvent du pouvoir politique, comme c’est le cas de la dévaluation ou de l’appréciation du CFA. Une communication manquée alors que, la Cemac renoue depuis quelques années avec la croissance de ses avoirs extérieurs bruts. Une embellie des réserves de change extérieures depuis 2017, marquée par une augmentation en valeur relative de plus de 24% en 2018 et de près de 13% en 2019 soit respectivement 808 milliards et 462 milliards FCFA en valeur absolue.

Une nette croissance des avoirs extérieurs des pays de la zone à laquelle on peut ajouter un taux de plus en plus croissant de couverture externe de la monnaie. Celui-ci se situe à 74, 16% à fin 2019, contre 61,4% un an plutôt et 57,5% en 2017. Une ascension qui devrait prendre un sérieux coup avec la persistance de la grippe mondiale. Un espoir est tout de même adossé sur le plan budgétaire édicté par les chefs d’Etats lors du sommet extraordinaire du 23 décembre 2016 à Yaoundé. Des mesures qui permettrons peut-être de préserver un solde soutenable des comptes afin d’éviter une nouvelle dévaluation officielle du FCFA.

Brice Ngolzok

128

Total Number of Words: 710

Total Reading Time: 3 minutes 34 seconds

About the Author

Brice Ngolzok
Journaliste économique spécialiste des questions d'innovation

Be the first to comment on "BEAC : Une institution pris en tenaille"

Leave a comment

Your email address will not be published.