Droits de l’homme:Rapport final sur le cas Ibrahim Bello

Le Consortium des Ongs de droits de l’homme à travers la Commission d’enquête livre ses conclusions:

1- Sur l’identité d’Ibrahim Bello.
La Commission a été en mesure de conclure :
– qu’Ibrahim Bello est un enfant mineur, orphelin de nationalité camerounaise et de parents Camerounais décédés.
– Que cet enfant n’a aucun casier judiciaire
– Qu’il n’a pas d’antécédent sanitaire
– Que cet enfant n’a jamais séjourné dans une quelconque agglomération urbaine du Cameroun
– Que le Jeune Bello s’exprime d’ailleurs essentiellement en « fufulbé », en français et ne maitrise aucunement le « Haoussa ».
– Que l’enfant Ibrahim Bello ne dispose aucune notion en conduite automobile ou moto.

2- Sur l’éventualité d’un flagrant délit de vol
La Commission a été mesure de conclure
– Qu’Ibrahim Bello n’a jamais fait l’objet d’un flagrant délit de vol de voiture à Ombessa le 05 février 2017.
– Que ni la voiture de M. Fotazong n’a été volé, ni un quelconque objet ou effet dans la voiture de ce dernier n’a été retrouvé sur lui.
– Que Bello n’a été arrêté avec aucun objet ou matériel soit issu de la voiture, soit d’autre source, soit même susceptible d’indiquer qu’il peut être un voleur.
– Qu’il est Impossible que Ibrahim Bello ait essayé de voler une voiture alors qu’il n’a jamais pris le volant d’un véhicule; ne sachant aucunement conduire.
– Que la clameur de la foule, signalée, est partie d’un soupçon né de la posture suspecte et de ses mouvements autour du véhicule;

3- Sur la thèse de la justice populaire
La Commission affirme que :
– Ibrahim Bello a bel et bien été arrêté par des personnes qui le suspectaient de vouloir voler dans une voiture garée à moins de 20 mètres du poste de police d’Ombessa;
– Que ces personnes n’ont jamais torturé Ibrahim Bello qui a été amené dans le poste de police en marchant normalement sur ses deux pieds et en parlant normalement.

4- Sur la réalité des actes de torture et de traitements cruels dans les locaux de la police
La Commission est en mesure de conclure sans équivoque :
– que le 05 février 2017, le nommé Ibrahim Bello a été bel et bien torturé et a subit des actes de traitement cruels, inhumains et dégradants dans les locaux de la police à Ombessa.
– Qu’il a subi les pires formes de torture dans ce lieux de sureté notamment l’usage des menottes, de l’eau, des chaines, de la machette, des courants électriques, des gourdins.
– Que ces actes de tortures ont entrainé des dommages graves et irréversibles ayant conduit notamment la perte définitive des deux jambes, partielle d’un bras, et peut être définitive de l’usage de la parole : les diagnostics profonds n’ont pas encore révélé l’état de son cerveau après tous ces sévices.
– que ces actes soient bien l’œuvre des agents de la police aidés par trois individus agissant pour le compte des fonctionnaires de la police.
– Qu’en toute irresponsabilité, les responsables de la police d’Ombessa ont abandonné cet enfant dans un état quasi-agonisant sous les intempéries alors même qu’il avait besoin urgemment de soins médicaux.

5- Sur le rôle des autorités administratives
La Commission est en mesure de conclure que :
– il y a eu laxisme au niveau des autorités administratives, notamment le sous-préfet qui, informé de la gravité de la situation dans son unité administrative n’a pas pris les mesures à la hauteur de la situation
– Le Jeune Bello est aussi victime de non-assistance à personne en danger de la part des autorités administratives de la localité d’Ombessa.
– L’intégration des individus de moralité douteuse dans l’effectif du poste de police d’Ombessa, en qualité de «parapoliciers » est une entorse réelle au fonctionnement serein de l’unité de sécurité.

6- Sur la négligence médicale et l’effectivité des mesures de prises en charges médicales préalables au versement des sommes d’argents
La Commission est en mesure de conclure:
– Que l’enfant Ibrahim Bello a été victime de négligence médicale au Centre Médical d’Ombessa. En laissant ce malade pendant 48 heures sans soins sur le banc de l’hôpital au motif qu’on attend la famille, le corps médical a fait preuve d’inconscience. De même, en gardant ce malade pendant près d’un mois dans leur unité tout en sachant qu’il n’avait pas la possibilité de soigner son mal, le Responsable de l’unité de santé d’Ombessa a participé à empirer la situation.
– Que les mesures prescrites par le Ministre de la Santé à la suite des affaires Koumatekel et autres ne sont pas effectives dans plusieurs unités médicales dans le pays.
– Que ces mesures soient par leur non-exhaustivité peu efficaces. En effet, l’effectivité de telles mesures auraient pu éventuellement éviter le pire au jeune Ibrahim dès lors qu’il aurait immédiatement prise en charge (pas près de 40 heures après) et qu’au regard de la faible infrastructurelle il aurait pu être immédiatement évacué vers Yaoundé au lieu d’être abandonné pendant plus d’un mois.
– Que la trentaine de mesures contenue dans ces directives ministérielles reparties en 5 sous-chapitres Accueil et Orientation; prise en charge des patients ; Accès et Sécurité ; Communication et Contrôle et Évacuation demeure une vue de l’esprit dans la majorité des formations sanitaires publics du Cameroun. :
– Que ces heures prétendument dédiées à sauver la vie des patients, n’ont été que des heures d’attentisme et d’agonie pour le jeune Ibrahim Bello au CMAO d’Ombessa.

7- Sur la posture de la police Nationale et la tentative de manipulation de l’opinion publique
La Commission est en mesure de conclure que :
– Un complot a été monté par des agents et responsables véreux au niveau de la Police camerounaise dans le but de manipuler l’Opinion. Il s’agissait pour ces responsables de la police d’essayer de transformer en conséquence de justice populaire cet acte ignoble de torture commis dans les structures de la police et par des policiers et leurs complices;
La Commission n’est toutes fois pas en mesure de reconstituer la chaine de responsabilités dans cette tentative de travestir les faits. Pour autant, l’absence d’une réaction officielle du Délégué Général à Sureté Nationale, infirmant les déclarations de son responsable de la communication permet de postuler que l’Institution endosserait cette tentative de manipulation de l’opinion.
Rapport final sous la coordination de MANDELA CENTER

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