« Les quotas permettent de faire avancer les choses»

Bel Lauretta Tene, la Co-fondatrice et directrice de publication du magazine Dirigeantes, l’organisatrice  de la 8ème édition du Dîner débat des dirigeantes (4D), qui s’est déroulée récemment à Douala,  revient ici sur les enjeux de la féminisation et entrepreneuriat féminin au Cameroun.

Pourquoi un dîner-débat sur la féminisation des postes de direction au sein des entreprises et sur la féminisation de l’entreprenariat féminin ?

Déjà, pour commencer, vous avez suivi tout à l’heure le benchmark que j’ai eu à faire par rapport aux autres pays, que ce soit  la Tunisie, la France, le Canada ou le Maroc également, ces pays sont très avancés en matière de féminisation des postes et d’entreprenariat féminin. Mais on constate qu’au Cameroun, par exemple,  ce n’est pas le cas.

C’est la raison pour laquelle nous avons réuni ces femmes dirigeantes sensibles aux questions de féminisation et d’entreprenariat féminin, pour voir éventuellement ensemble ce qu’on peut mettre en place comme plan d’action. Parce qu’il faut  réfléchir aux modèles des autres, il faut faire le benchmark par  rapport à ce qui se passe ailleurs et l’implémenter aussi dans  notre pays. Donc, nous pensons  que ces femmes dirigeantes peuvent  s’impliquer et faire bouger les choses.

L’accès difficile au financement fait partie des barrières qui empêchent les femmes entrepreneures de s’exprimer. Et il se trouve justement que les femmes dirigeantes réunies ici ce soir ont émis le vœu de créer un Fonds d’investissement. Est-ce que pouvez nous en parler davantage ?

BEL LAURETTA TENE

Nous avons évoqué la possibilité de mettre en place un Fonds d’investissement, mais  la réflexion continue. Aujourd’hui, nous avons décidé  de réfléchir avec les femmes dirigeantes, dans la mesure du possible, sur ce qu’il faut faire pour faire face à cette barrière, comme je l’ai souligné tantôt, de cet accès difficile des femmes au financement. Quand on regarde de près ce problème du manque d’accès des femmes au financement, mais on se demande ce qu’il faille faire. Faut-il continuer d’attendre les banques ? Telle est la question qu’on se pose, même si après le président de la BAD disait récemment que les banques seront dorénavant classées suivant leurs capacité à financer les projets portés  par les femmes. Ce qui est une bonne chose. Mais la réalité est là : les femmes ont un problème de financement. Est-ce qu’il faut  attendre ou baisser les bras ? NON ! Il faut se lever. On a vu par exemple le modèle du Sénégal, avec  le Wic Captital. C’est une femme que j’ai interviewée, Evelyne Dioh Simpa. Et c’est de là qu’est partie  cette idée.

Parce qu’en voyant ce que le Sénégal fait en matière de financement, ce sont quatre (04) femmes qui se sont levées et qui ont mis en place un financement. Et aujourd’hui, ce financement est aussi soutenu par l’Etat , la banque néerlandaise, etc… Et donc, on se dit dit : pourquoi ne pas mettre en place un Fonds d’investissement au Cameroun pour financer les activités des femmes entrepreneures ? On a vu ,dans la salle , des projets comme le CWEN qui nous a parlé d’une ligne de financement qu’elles ont mis en place. On a aussi Ecam au Féminin, qui a mis en place une initiative similaire. Donc, c’est pour vous dire que le fait de faire le benchmark nous pousse à réaliser nos faiblesses et ça nous pousse à mettre en place des mesures d’action.

Par rapport aux quotas, est-ce que vous n’appréciez pas ce qui est déjà fait par le gouvernement ?

BEL LAURETTA TENE

Vous savez, le problème des quotas  s’est de nouveau imposé dans les discussions pendant les élections régionales. Ça a fait couler beaucoup d’encre, mais qu’est-ce qu’on a fait ? Et je me souviens d’une interview avec la directrice générale de Maya Sarl au Mali , qui me disait : « Mme Tené, quand le gouvernement a été mis en place, le fait que le gouvernement n’était pas paritaire, les femmes se sont levées ! ».  Et nous avons constaté, pendant la mise en place des   conseils régionaux  ici , qu’il n’y avait pas de femmes. Mais on a croisé les bras, sans rien faire. Donc, effectivement , les quotas permettent de faire avancer les choses et on a besoin des quotas.

Et donc, vous voulez la parité ?

Pourquoi pas ? Si le président  Paul Biya pense à la parité ça  sera une bonne chose. La preuve, en Afrique, il y a des gouvernements paritaires comme le Rwanda, l’Ethiopie, etc… Pourquoi ne pas le faire aussi au Cameroun ? C’est possible.

Propos recueillis par JRD

 

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About the Author

Brice Ngolzok
Journaliste économique spécialiste des questions d'innovation

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